[INTERVIEW] Gainerie 91 dévoile Johé Bruneau, premier artiste qui participe au mouvement Genèse

Gainerie 91 lance son mouvement Genèse qui promeut la réutilisation et le recyclage des rebuts industriels au travers d’une œuvre d’art. Ce mouvement Genèse est incarné par l’œuvre monumentale « Écorces », fruit d’une étroite collaboration entre Gainerie 91 et premier artiste du mouvement, Johé Bruneau.

 

Artiste engagé, Johé Bruneau s’est spécialisé dans la transformation et la sublimation des rebuts. En collaboration avec Gainerie 91, leader dans la fabrication de coffrets et vitrines pour les plus grandes maisons de luxe, ils conçoivent ensemble l’œuvre monumentale, Écorces, révélée au public lors du Salon Edition Spéciale by Luxe Pack, les 4 et 5 juin 2024 au Carreau du Temple à Paris.

 

Avant de devenir maître dans l’art de confectionner des œuvres recyclées, Johé Bruneau a obtenu un diplôme d’artisan métier d’art, se spécialisant dans le moulage et la conservation d’œuvres du patrimoine. Ce cursus l’a conduit à réaliser des sculptures. L’utilisation de résines, matériaux de synthèse constitués de plastique, a éveillé sa conscience écologique et son intérêt pour l’économie circulaire. Après le plastique recyclé, Johé Bruneau s’est également intéressé à d’autres matières non vierges dans ses réalisations artistiques.

 

À l’occasion du Salon Edition Spéciale by Luxe Pack, un lien s’est établi entre l’entreprise et l’artiste, donnant lieu à une collaboration fondée sur leur passion commune pour la créativité. L’œuvre “Écorces”, aboutissement de cette collaboration, puise son inspiration dans la symbolique de l’écorce d’un arbre, métaphore de la régénération et de la renaissance. Réalisée à partir de chutes de placage en bois et de chutes de cuir provenant des activités de Gainerie 91, cette pièce remarquable incarne l’essence même du mouvement Genèse.

 

Luxus Plus : Je crois que vous vous définissez comme un artiste low tech. Comment définiriez-vous cette démarche ?

 

Johé Bruneau : Suite à mes études, j’ai rejoint Dave Hakkens, designer hollandais, qui en 2013 était en train de lancer Precious Plastic, un collectif qui propose un panel de machines low tech, doublé d’un projet open-source.

Selon moi, l’artiste low tech complète la high tech : il ne cherche pas nécessairement quelque chose de très sophistiqué, mais à l’inverse, propose une approche plus accessible. Ainsi, dès que nous avons eu des machines fonctionnelles, nous avons choisi de partager des tutoriels vidéos sur notre site web afin d’encourager les individus à les reproduire et à s’approprier ces savoir-faire. Après avoir démarré avec un premier atelier aux Pays Bas, Precious Plastic compte désormais près de 2000 ateliers dans le monde. Un effet boule de neige a entraîné son déploiement centaine de structures. Ce projet est devenu un véritable forum où chacun peut se renseigner, trouver les informations dont il a besoin pour démocratiser ce recyclage à l’échelle locale. Pour résumer, je dirais que la Low Tech entre en résonance avec le concept de résilience, où chaque projet va impliquer un processus de fabrication à partir de ressources disponibles localement.

 

© Marion Saupin/Gainerie 91

 

L+ : Comment sélectionnez-vous et trouvez-vous les matières que vous allez réemployer dans une de vos œuvres ?

Johé Bruneau : Ma quête de matière débute principalement auprès de Emmaüs. Je collabore aujourd’hui avec un atelier situé à 30 km de mon domicile, qui centralise tous les objets en fin de vie des six Emmaüs de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le prix est en effet supérieur comparé à d’autres fournisseurs mais ce surcoût me donne un double avantage : avoir un plastique qui été préalablement trié, broyé et participer au financement d’un certain nombre de professionnels dont le contexte social me paraît pertinent. La notion d’éco-conception m’anime également, c’est-à-dire dès qu’un projet implique le recours à des ressources accessibles ou à des rebuts.

 

© Marion Saupin/Gainerie 91

 

L+ : On a vu que les notions de démocratisation et d’éco-conception sont centrales dans votre œuvre. Comment décririez-vous votre processus créatif ? Quels sont les critères de sélection de vos collaborations ?

Johé Bruneau : Tout part du médium, c’est lui qui apporte du sens au projet. Après, plus globalement et à l’instar de ma collaboration avec Gainerie 91, le projet peut émaner d’une demande client et de son histoire. Je cherche alors à me familiariser avec celle-ci et ses envies. Dans ce cas, la question du médium se pose ensuite et in fine, celle des techniques de mise en forme. C’est ce langage que l’on va pouvoir déployer qui exprime le mieux à mon sens mon travail d’artisan.

 

© Marion Saupin/Gainerie 91

 

L+ : Comment s’articule votre collaboration avec Gainerie 91 ?

Johé Bruneau : Avant d’être confrontée aux enjeux de l’économie circulaire, Gainerie 91 est d’abord une entreprise riche de 50 ans d’histoire. Elle a toujours fabriqué pochettes et écrins pour des grands noms du luxe. Si l’entreprise a commencé par concevoir ses packagings à partir de placage en bois (marqueterie) elle s’est progressivement tournée vers la technique du cuir encollé. Or, aujourd’hui, se pose la question du devenir des chutes que cette production peut engendrer peuvent engendrer autant que l’attention redoublée aux nouveaux matériaux.

 

© Marion Saupin/Gainerie 91

 

L+ : Parlez-moi de ce projet “Écorces” que vous allez exposer au public dans le cadre de Luxe Pack By Edition Spéciale ?

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« Ecorces », l’oeuvre de Johé Bruneau pour Gainerie 91, est exposé en avant-première au Salon Edition Spéciale by Luxe Pack

Du 4 au 5 juin 2024, au Carreau du Temple

4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris

 

Lire aussi > [INTERVIEW] ROMAIN BRABO (NONA SOURCE) : “ NOTRE SOUHAIT : ACCOMPAGNER LA COMMUNAUTÉ CRÉATIVE VERS PLUS DE RÉUTILISATION CRÉATIVE”

 

Photo à la Une : © Marion Saupin/Gainerie 91

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Victor Gosselin
Victor Gosselin est journaliste spécialisé luxe, RH, tech, retail et consultant éditorial. Diplômé de l’EIML Paris, il évolue depuis 9 ans dans le luxe. Féru de mode, d’Asie, d’histoire et de long format, cet ex-Welcome To The Jungle et Time To Disrupt aime analyser l’info sous l’angle sociologique et culturel.

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