Après sa première et (peut-être trop) transgressive collection prêt-à-porter Dior Homme, quelques jours plus tôt, Jonathan Anderson a renoué le 26 janvier au Musée Rodin avec la retenue et le sculptural pour sa première collection Haute Couture.
Pour son Acte I Haute Couture, Jonathan Anderson a choisi de renouer avec le grandiose caractéristique de la Maison de couture fondée par Monsieur Christian Dior en 1947 mais en lui insufflant une bonne dose de féminité contemporaine (visages androgynes, absence de tenues cintrées à la taille et robes plutôt courtes). Plutôt que de partir d’une page blanche, le créateur britannique a choisi de glisser, ça et là, quelques références à Raf Simons, l’un de ses prédécesseurs, salué pour son minimalisme et ses scénographies fleuries.
La continuité était également au programme au travers des cartons d’invitations, où chaque coffret, empli d’un bouquet de cyclamens et d’un ruban noir, faisait office de souvenir ému au cadeau qu’avait remis à Jonathan Anderson, John Galliano, son mentor et idole. Ce dernier était d’ailleurs présent lors du show.
Autant dire, une renaissance pour celui qui, après avoir fait la gloire de Dior dans les décennies 1990 et 2000, avait été débarqué en février 2021, après avoir été surpris proférant des propos antisémites, en état d’ébriété, dans un café parisien. Trois ans plus tard, il avait renoué avec le succès chez Maison Margiela, où il a officié pendant dix ans.
Mythe et botanique
Christian Dior, le fondateur de la Maison de couture parisienne n’a jamais fait secret de son amour des fleurs et des jardins. Il suffit ainsi de plonger dans les archives de la Maison pour constater la présence récurrente de fleurs, en particulier les campagnes de parfums Miss Dior ou encore lors des défilés de Raf Simons. Officiant trois ans et demi, le styliste belge avait en un défilé inaugural (Automne-Hiver 2012-2013) marqué les esprits par une silhouette Dior tout à la fois élégante et minimaliste. Une prouesse également marquée par les murs d’un hôtel particulier tapissé de fleurs. Pour la collection Printemps-été 2014, le décor fleuri avait, à l’instar de ce premier défilé Haute Couture de Jonathan Anderson, gagné les hauteurs.
On ne s’étonnera donc pas de constater une inspiration florale irriguant l’ensemble du défilé de Jonathan Anderson, du volume des silhouettes aux détails ornementaux, en passant par les parures de cheveux et la scénographie. Pour l’occasion, la cime (ou plutôt le plafond) du Musée Rodin était constellée de mousse et de cyclamens. Une sorte d’Upside Down – en plus champêtre et optimiste – que le portail entre deux mondes visible dans la série Netflix à succès, Stranger Things. Dans le monde magique du Dior version Jonathan Anderson, les sacs et minaudières rendent hommage à la naturalité, épousant les traits d’une coccinelle ou… d’une courgette.
Cet univers floral coïncide d’ailleurs cette année avec le centenaire de la disparition du célèbre peintre aux nymphéas, Claude Monet, dont l’œuvre est jalonnée de saules pleureurs (à l’image des drapés en maille visibles au défilé) et de nénuphars. Certaines tenues semblent faire le grand écart entre une inspiration japonisante voire des silhouettes antiques, rejouant, quelque part, la partition du mythe grec de Philémon et Baucis. Après avoir offert l’hospitalité à Zeus et à son fils Hermès, ces deux vieillards ont été transformés en arbres à l’heure de leur mort, selon leur dernières volontés.
Officiellement, toutefois, c’est le XVIIIe siècle qui servait de fil rouge, bouclant ainsi la boucle avec un Monsieur Christian Dior qui, au sortir de la seconde guerre mondiale, avait renoué avec le spectaculaire et le baroque avec ses grandes robes de bal.
Comme un contraste saisissant avec les heures sombres actuelles – comme avec sa prédécesseure Maria Grazia Chiuri officiant désormais chez Fendi – Jonathan Anderson a proposé un vestiaire plus coloré, mettant notamment à l’honneur la teinte rose poudrée du cyclamen. Des broderies de fleurs jaunes et rouges ont ainsi illuminées des tenues noir de geai, tandis que des plumes de coq teintes travaillées en jupes évoquait un astre solaire rougeoyant.
La collection oscille entre un grand soir solennel et sculptural– ou plutôt bulbe -, fait de robes ballon courtes au dessus du genou et de tenues plus amples à l’éthos purement bohème (notamment via l’emploi de franges). Un aspect gypsy que l’on retrouve jusque dans la bande son avec Nico, la chanteuse du mythique groupe de rock psychédélique The Velvet Underground, interprétant un titre extrait de l’album Chelsea Girl (1967) : “Wrap Your Troubles in Dreams” (“ Enveloppez vos problèmes dans vos rêves”). Un choix qui rappelle la résurrection flamboyante et bohème de Chloé avec Chemena Kamali lors de son défilé Automne-Hiver 2023-24, laquelle avait opté pour le Femme Fatale du Velvet Underground. Quant à l’aspect plus formel, il se retrouve dans la partition aussi intemporelle que mondialement célèbre des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi et son envolée hivernale, reprise ici par le violoniste belge Arthur Grumiaux et les Solistes Romands (1980).
Cherchant à démystifier l’univers couture, la Maison Dior ouvrait d’ailleurs les portes de l’espace du défilé avec une exposition intitulée Grammar of Forms. Les créations de Jonathan Anderson dialoguant avec l’œuvre du fondateur de la Maison tout comme avec la céramiste kényane Magdalene Odundo aux créations sculpturales. “La couture est une lentille à travers laquelle je peux examiner le présent, le réassembler et l’imaginer à nouveau” a déclaré le créateur britannique.
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Photo à la Une : © Christian Dior Couture
