Hotel La Fondation©RomainRicard 156

La Fondation, ou l’avènement de l’hôtel « tout-en-un » qui redessine l’hospitalité parisienne

L’époque où un hôtel se limitait à vendre des nuitées semble révolue. Face à une clientèle qui souhaite vivre, travailler, se restaurer, faire du sport ou se détendre sans quitter un même lieu, une nouvelle génération d’établissements mise sur la diversification de ses activités. À Paris, La Fondation pousse cette logique à son paroxysme. Imaginé par le Groupe Galia et exploité par Terlia, ce complexe de plus de 10 000 m² réunit hôtel cinq étoiles, restaurants, club de sport, spa Biologique Recherche, espaces de coworking, galerie d’art et rooftop. Derrière cette diversité de services se dessine un nouveau modèle économique où chaque espace devient une source de revenus et où les habitants du quartier comptent autant que les voyageurs.

La Fondation : comment l’hôtel devient une plateforme de services pour rentabiliser chaque mètre carré ?

La chambre exécutive © La Fondation

Pendant longtemps, le modèle économique de l’hôtellerie reposait essentiellement sur un indicateur : le taux d’occupation des chambres. Désormais, les revenus proviennent d’une multitude d’activités annexes. Restauration, bien-être, sport, coworking, événements ou culture deviennent autant de centres de profit qui permettent de rentabiliser un bâtiment tout au long de la journée.

À Paris, La Fondation constitue l’une des illustrations les plus abouties de cette évolution. Ouvert dans le XVIIe arrondissement, entre le parc Monceau et les Batignolles, ce lieu de plus de 10 000 m² imaginé par le Groupe Galia présidé par Brice Errera et exploité par Terlia ne se présente plus comme un hôtel traditionnel mais comme un « lieu de vie » destiné autant aux voyageurs qu’aux Parisiens. L’ensemble rassemble un hôtel cinq étoiles, plusieurs restaurants, un rooftop, un club de sport, un spa, des bureaux, des salles de réunion, un auditorium, des jardins suspendus et une programmation artistique permanente.

Cette approche répond à une évolution profonde des usages : le client ne cherche plus uniquement un lit, mais un environnement dans lequel il peut passer une journée entière.

Transformer un ancien garage en machine à vivre

Espace de co-working © La Fondation

Le projet s’inscrit lui-même dans une logique de transformation.

Le site occupait autrefois un studio photographique, complété par un garage. Plutôt que d’effacer cette mémoire industrielle, les concepteurs ont choisi de l’intégrer au projet. Les grands volumes, les verrières et certaines structures d’origine ont été conservés afin de créer une architecture ouverte, largement inspirée par le modernisme.

Le célèbre studio new-yorkais Roman & Williams, fondé par Robin Standefer et Stephen Alesch, signe l’ensemble du projet architectural. Réputé pour ses réalisations dans l’hôtellerie haut de gamme – notamment les hôtels Ace ou encore le British Galleries du Metropolitan Museum of Art –, le duo a conçu La Fondation comme une succession d’espaces reliés les uns aux autres plutôt qu’une juxtaposition de services. L’art occupe une place centrale grâce à une sélection d’œuvres réalisée par la Galerie Amélie Maison d’Art, présente aussi bien dans les espaces communs que dans les chambres.

Cette continuité architecturale participe directement au modèle économique : plus les visiteurs circulent entre les différents espaces, plus ils sont susceptibles de prolonger leur consommation.

L’hôtel ne vend plus seulement des chambres

 

Le restaurant La Base © La Fondation

Cette logique apparaît particulièrement dans la restauration.

Plutôt qu’un restaurant gastronomique unique réservé aux clients de l’hôtel, La Fondation propose trois expériences complémentaires ouvertes à tous.

Au rez-de-chaussée, La Base fonctionne comme une brasserie contemporaine de quartier, pensée pour accueillir aussi bien un petit-déjeuner, un déjeuner d’affaires qu’un café improvisé. À l’opposé des buffets hôteliers traditionnels, l’établissement cherche à devenir une adresse de proximité fréquentée quotidiennement par les riverains.

Au huitième étage, Les Ailes cible une clientèle davantage tournée vers les occasions spéciales avec une cuisine parisienne contemporaine et une terrasse offrant une vue sur la capitale.

Enfin, le rooftop, situé au dixième étage, complète l’offre avec une carte à partager et une vue panoramique sur Montmartre, les toits de Paris et la tour Eiffel. Ouvert indépendamment de l’hôtel, il devient une destination en lui-même susceptible d’attirer une clientèle locale en soirée.

En multipliant les concepts plutôt qu’en concentrant l’activité sur un seul restaurant, La Fondation répartit ses flux de clientèle sur l’ensemble de la journée.

Le bien-être, nouveau moteur de croissance

La piscine © La Fondation

Le deuxième pilier du modèle repose sur le sport et le bien-être.

Longtemps considérée comme un simple service complémentaire, la salle de sport devient ici une activité autonome.

Conçu par l’architecte d’intérieur Marika Dru (Atelier MKD), le club de plus de 1 000 m² se développe sur six niveaux et comprend plus de cent cours hebdomadaires, un mur d’escalade, des studios spécialisés, des équipements Technogym, un juice bar et une piscine semi-olympique de 25 mètres reliée directement à l’hôtel.

L’architecte s’est inspirée de l’histoire du bâtiment, ancien studio photographique, pour imaginer des espaces où le mouvement devient une mise en scène. Les verrières conservées, le béton ciré et les volumes ouverts rappellent les anciens plateaux photo tout en répondant aux nouvelles pratiques sportives.

Le club est accessible aux membres extérieurs comme aux clients de l’hôtel, ce qui permet de générer des revenus récurrents indépendamment de l’activité hôtelière.

Pourquoi Biologique Recherche constitue un choix stratégique ?

 

La gamme de Biologique Recherche © Biologue Recherche

Cette diversification se poursuit avec le spa.

Pour son ouverture, La Fondation a choisi de s’associer à Biologique Recherche, maison française fondée à la fin des années 1970 et devenue une référence internationale dans les spas de luxe.

Contrairement aux marques développant des protocoles standardisés, Biologique Recherche s’appuie sur une analyse personnalisée de la peau – hydratation, élasticité, sébum ou pigmentation – avant de construire un protocole sur mesure en trois étapes : diagnostic, préparation puis traitement. Ses formules, fortement concentrées en actifs et dépourvues de parfum, constituent l’un des éléments distinctifs de la marque.

Là encore, le spa ne s’adresse pas uniquement aux voyageurs. Ouvert aux clients extérieurs, il accueille également les membres du club de sport et commercialise une gamme complète de soins visage, massages et rituels holistiques.

Ce positionnement permet à l’hôtel de créer une activité génératrice de revenus tout au long de l’année, moins dépendante de la saisonnalité touristique.

Coworking, culture et hospitalité : l’émergence d’un modèle hybride

Espace de co-working © La Fondation

L’autre originalité de La Fondation réside dans l’intégration d’espaces de coworking, d’un auditorium, de jardins suspendus et d’une galerie d’art.

Ces équipements répondent à une évolution observée dans les grandes métropoles internationales. Des enseignes comme Soho House, Locke, Zoku ou encore The Hoxton développent depuis plusieurs années des établissements où se croisent voyageurs, entrepreneurs, créatifs et habitants du quartier.

La Fondation applique cette logique au marché parisien. Les bureaux accueillent des professionnels en journée, les restaurants prennent le relais au déjeuner puis en soirée, le club de sport fonctionne dès le matin tandis que le rooftop devient une destination nocturne. L’hôtel cesse ainsi d’être un bâtiment animé uniquement aux heures d’arrivée et de départ des clients.

Cette diversification réduit la dépendance au taux d’occupation des chambres tout en augmentant les occasions de consommation.

Une nouvelle génération d’hôtels

Rooftop © La Fondation

À travers La Fondation, le Groupe Galia ne propose pas seulement une nouvelle adresse parisienne. Il expérimente un modèle où l’hôtellerie devient une plateforme de services.

Dans un contexte où les coûts d’exploitation augmentent et où la clientèle attend davantage qu’un simple hébergement, cette stratégie consiste à transformer chaque espace en activité productive : restauration, sport, bien-être, travail, événements ou culture.

L’hôtel devient ainsi un lieu fréquenté du matin jusqu’au soir, sept jours sur sept, par des publics différents mais complémentaires. Une évolution qui pourrait préfigurer le futur de l’hospitalité urbaine, où la valeur d’un établissement ne se mesurera plus uniquement au nombre de chambres vendues, mais à sa capacité à créer un véritable écosystème de vie.

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Photo à la Une : © La Fondation

Image de Vicky Berger
Vicky Berger
Vicky Berger was born in France, with Egyptian and Lebanese roots that nurtured her taste for travel and cultural diversity from an early age. After working internationally in finance, beauty and interior design, she now devotes her time to journalism. Curious and passionate, she explores the worlds of tourism, gastronomy, decoration, beauty, fashion and lifestyle. She loves finding places, objects and trends that tell a story. Architecture from the 20s and 30s and design are among her greatest sources of inspiration.

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