La saison des résultats pour le troisième trimestre 2025 vient de se terminer pour le secteur du luxe, marquant la poursuite de la phase de normalisation entamée il y a trois ans. Le segment dans son ensemble reste toutefois rentable et structurellement porteur, mais les écarts de performances entre groupes n’ont jamais été aussi marqués.
D’un côté, des Maisons à l’identité claire et au contrôle industriel total, comme Hermès et Brunello Cucinelli, continuent d’afficher une croissance à deux chiffres et une rentabilité record. De l’autre, des groupes en repositionnement comme Kering, Burberry, peinent encore à retrouver leur dynamique, freinés par un consommateur devenu plus sélectif et par la transition de leurs marques phares.
Hermès et Cucinelli : l’excellence tranquille
Hermès demeure l’étalon-or du secteur. Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 3,88 milliards d’euros au T3 2025, en hausse de 9,6 % à taux constants, porté par une forte demande sur la maroquinerie (+13 %). L’Amérique (+14 %) et l’Europe restent très dynamiques, tandis que la Chine continentale, longtemps en retrait, montre un début de reprise.
La direction reste fidèle à sa stratégie de long terme, à savoir croissance organique, production intégrée et ouverture progressive d’ateliers (une nouvelle manufacture à Louviers, extension en Gironde). La marque ne dépend ni du wholesale (distribution via des revendeurs, ndlr) ni du tourisme de masse, et continue de cultiver sa rareté. Les marges opérationnelles devraient dépasser à nouveau les 40 %, un niveau inédit dans l’industrie. Même philosophie chez Brunello Cucinelli, qui poursuit sa trajectoire d’excellence artisanale. Avec une croissance de +12 % à taux constants au T3, la maison italienne dépasse le milliard d’euros de revenus sur neuf mois, confirmant une guidance annuelle autour de +10 %. L’Amérique du Nord et la Chine progressent à deux chiffres, portées par une clientèle à très haut revenu relativement insensible au cycle économique.
Cucinelli combine un modèle productif local (Made in Italy) et une distribution en propre, ce qui lui permet de protéger ses marges malgré la force de l’euro. Le management revendique d’ailleurs une croissance “humaine et harmonieuse”, visant la pérennité plutôt que la conquête rapide.
Prada et Miu Miu : le renouveau italien
Le groupe Prada affiche une santé solide, avec une croissance du retail de +8 % au T3 et de +9% sur neuf mois. La surprise positive vient de Miu Miu, dont les ventes ont bondi de +29 %, portée par une stratégie parfaitement alignée sur les tendances “youth premium” et le vestiaire féminin contemporain. À l’inverse, la marque Prada a connu un léger recul (-1 %), bien que la dynamique se redresse grâce à la maroquinerie et aux accessoires.
Le rebond de la demande en Chine et la performance des Etats-Unis compensent la faiblesse persistante du Japon et de certaines capitales européennes, où la clientèle touristique dépense moins. Prada poursuit aussi sa transformation structurelle : recentrage sur la distribution en propre, digitalisation du CRM, et développement du segment masculin.
Richemont : l’horlogerie joaillière résiste
Le suisse Richemont, propriétaire de Cartier, Van Cleef & Arpels, Piaget, IWC ou encore Jaeger-LeCoultre a aussi publié un T3 solide, confirmant la robustesse du segment horlogerie-joaillerie malgré un contexte mondial plus hésitant. Le chiffre d’affaires du trimestre (clos fin septembre) atteint 5,8 milliards €, en hausse de 6 % à taux constants. Les Maisons Joaillières, moteur du groupe, progressent de 8 %, portées par Cartier et Van Cleef, notamment en Amérique et au Moyen-Orient.
Richemont continue d’afficher l’un des bilans les plus solides du secteur (avec une trésorerie nette supérieure à 6 milliards €) et une marge opérationnelle supérieure à 25 %. Le groupe profite du prestige universel de ses Maisons et de la demande pour les pièces de haute joaillerie, segment structurellement moins sensible aux cycles.
Kering : la transition se poursuit chez Gucci
Kering affiche un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros, en repli de -5 % en comparable au T3, un chiffre toutefois bien meilleur que le -15 % du trimestre précédent. Encore pénalisée par la transition créative, en mars dernier, entre Sabato De Sarno et Demna, la marque Gucci reste la principale source de fragilité : -14 % à données comparables. L’accueil des premières collections de Demna est jugé “encourageant” par la direction, avec une amélioration séquentielle observée en Amérique du Nord et en Europe. En revanche, l’Asie reste plus molle.
Les autres Maisons du groupe affichent des trajectoires contrastées : Bottega Veneta progresse légèrement (+3 %), Saint Laurent recule de -8 %, et les “Autres maisons” (Balenciaga, Alexander McQueen) restent à la peine. Le groupe continue de réduire sa dépendance au wholesale et d’accroître la sélectivité de sa distribution. Le plan de redressement repose sur un retour à la désirabilité et sur la montée en gamme de Gucci, avec un impact attendu à partir de 2026. Les investisseurs voient dans Kering un dossier de redressement et ont racheté le titre à bon compte, l’action progressant de 55 % au T3, grâce à l’effet Luca De Meo.
Pour résumer, le troisième trimestre 2025 illustre une maturité nouvelle du secteur : fini l’euphorie généralisée, place à une croissance sélective, pilotée par la désirabilité, la différenciation et la discipline stratégique. Le luxe n’entre pas en crise, il entre dans l’âge de la sobriété maîtrisée et seuls les artisans de la rareté continueront de briller.
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