Armani Giuseppe Marsocci CEO

Groupe Armani : Giuseppe Marsocci est le nouveau directeur général

Fondé par le créateur italien Giorgio Armani, décédé début septembre, le groupe de mode vient de désigner plus tôt que prévu son nouveau directeur général, Giuseppe Marsocci. Fort d’une expérience d’une trentaine d’années dans la mode et le luxe, dont une vingtaine au sein du groupe Armani, l’homme en aura besoin pour gérer une transition délicate.

 

Giorgio Armani accélère la réorganisation de son organigramme de direction.

 

Alors que son fondateur éponyme, qui a gardé jusqu’au bout un contrôle étroit sur la création et le management, s’est éteint le 4 septembre dernier, le groupe de mode italien a confirmé, via un communiqué, le 16 octobre dernier, la nomination, avec effet immédiat, de Giuseppe Marsocci à sa direction générale.

 

L’information sur la montée en puissance de celui qui coiffait déjà depuis 2019 les deux casquettes de directeur général adjoint et de directeur commercial mondial, avait déjà fuité dans la presse.

 

Nomination proposée à l’unanimité

 

Le communiqué a précisé que la nomination de Giuseppe Marsocci, avait été proposée à l’unanimité par la Fondation Giorgio Armani et que Silvana Armani, la nièce de feu le créateur et responsable de la mode féminine au sein du groupe, était nommée vice-présidente du conseil d’administration présidé par Leo Dell’Orco, ex bras droit et compagnon de Giorgio Armani. Giuseppe Marsocci rendra compte au conseil d’administration.

 

Ce conseil d’administration “prendra sa forme définitive dans les semaines à venir”, “après l’achèvement des procédures successorales et l’exécution du testament”.

 

Mais en attendant, le groupe a donc “ décidé d’aller de l’avant dès maintenant en nommant le PDG à l’avance, afin d’inaugurer la nouvelle orientation sans interruption dans la gestion de la société”.

Plus de trente ans d’expérience dans la mode et le luxe

 

Agé de 61 ans, Giuseppe Marsocci a, à son actif, une bonne trentaine d’années d’expérience internationale dans les secteurs de la mode et du luxe, dont 23 ans au sein du groupe Armani.

 

Diplômé en économie et commerce de l‘université de Turin, Giuseppe Marsocci a ainsi démarré sa carrière de 1990 à 1997, en charge des activités de vente, marketing et gestion de marque, au sein du groupe GFT, basé, lui aussi dans sa ville natale, et détenteur des licences Valentino, Dior, Ungaro, Stone Island et… Armani. Après un passage éclair dans le groupe Marzotto, il a ensuite été, de 1998 à 2003, le directeur du développement commercial international chez Fila Sport (groupe HDP).

 

En 2003, il avait rejoint le groupe Armani, où il est monté en puissance au siège de Milan et dans les filiales étrangères. Il a été successivement directeur commercial Monde d’Armani Collezioni; directeur mondial des lignes de diffusion et ventes en gros au bureau de New York, d’abord comme président de Trimil US, la coentreprise Zegna/Armani, de 2005 à 2010 puis comme PDG pour les Amériques de 2014 à 2019 et ensuite PDG de la filiale helvète (alors centre logistique et du service clientèle des marchés étrangers), basé dans le Tessin suisse, de 2010 à 2014.

 

Depuis 2019, il était revenu à Milan, en tant que directeur général adjoint et directeur commercial mondial du groupe. A ce titre, il rapportait directement à Giorgio Armani et a siégé à de nombreux conseils d’administration.

 

Dossiers chauds

 

Le fait que Giuseppe Marsocci ait non seulement à son actif plus de trois décennies d’expertise du secteur du luxe et qu’il connaisse déjà bien le groupe Armani devrait l’aider à faire face à la transition complexe de ce dernier…

 

Plusieurs dossiers chauds sont en effet d’ores et déjà sur le bureau du nouveau directeur général.

 

La supervision de la transition de la société telle que l’a prévue le testament de son fondateur, n’aura ainsi rien d’une promenade de santé.

 

Le créateur a demandé à ses héritiers de vendre dans les 18 mois suivant son décès, une première participation de 15% de son groupe puis, au bout de trois ans, une participation supplémentaire de 30% à 55% au même acheteur, ou, le cas échéant, d’envisager une introduction en Bourse (IPO). Il avait listé les noms des trois acquéreurs prioritaires pour son groupe, soit les deux français, le Numéro un du luxe LVMH et le géant de la beauté L’Oréal et un franco-italien, le leader de l’optique EssilorLuxottica.

 

Mais certains analystes n’imaginent pas LVMH s’engager dans une telle reprise. Tandis que l’annonce très récente du rapprochement de Kering Beauté et l’Oréal, avec à la clef une probable cession du premier au second, rend peu vraisemblable l’acquisition, en plus, de l’Empire Armani par le Numéro Un mondial de la Beauté. La digestion coup sur coup de deux proies d’importance serait en effet bien compliquée.

Enchères difficiles

 

Seule l’hypothèse EssilorLuxottica, qui vient justement de publier les résultats de son troisième trimestre, le meilleur depuis sa création, paraît plausible aux yeux de nombre d’observateurs (notamment chez HSBC). Mais avec un seul candidat potentiel au lieu de trois, Giuseppe Marsocci ne pourra guère faire monter les enchères…

 

Autre épine dans le pied du groupe, l’amende de 3,5 millions d’euros infligée par l’Autorité italienne de la concurrence en août dernier à Giorgio Armani et à sa filiale GA Operations pour pratiques commerciales trompeuses. Selon l’enquête qu’elle a diligentée sur les conditions réelles de sous-traitance de la production à des tiers de la majorité des sacs et accessoires en cuir, l’Autorité les a jugées incompatibles avec les déclarations de l’entreprise en termes de responsabilité éthique et sociale.

 

Quoi qu’il en soit, Leo Dell’Orco, président du conseil d’administration de la société, voit en Giuseppe Marsocci l’homme de la situation. « Son expérience professionnelle internationale, sa connaissance approfondie du secteur et de la société, sa discrétion, sa loyauté et son esprit d’équipe, ainsi que sa proximité ces dernières années avec M. Armani, font de Giuseppe le choix le plus naturel pour assurer la continuité de la voie tracée, construite et perpétuée depuis 50 ans par le fondateur ».

 

Promesse de continuité

 

Pour sa part, Giuseppe Marsocci s’est dit reconnaissant de la confiance qui lui a été accordée.

 

“Il s’agit d’un projet d’une importance extraordinaire, axé sur la continuité et la valorisation de l’une des marques Made in Italy les plus prestigieuses au monde qui, pour les clients et le marché, a transcendé le statut de simple label pour devenir à juste titre une marque de style de vie », estime-t-il. Il a aussi admis que “l’objectif est ambitieux d’autant plus dans un marché du luxe engagé dans une profonde réflexion sur lui-même” mais jugé qu’il “est réalisable grâce à la contribution fondamentale d’un réseau exceptionnel de clients, de fournisseurs, de partenaires et de collègues passionnés à travers le monde, en particulier à Milan, dont beaucoup sont proches de M. Armani depuis de nombreuses années”.

 

“Ensemble, nous ferons tout pour perpétuer son modèle d’entreprise et sa conception de la beauté, et nous le poursuivrons avec cohérence et sensibilité, en tenant compte des valeurs et des attentes d’un monde en mutation” a-t-il promis.

 

Lire aussi > Armani : le gouvernement italien ne bloquera pas son éventuelle cession à un groupe étranger 

 

Photo à la Une : © Armani

Image de Sophie Michentef
Sophie Michentef
Sophie Michentef a évolué plus de 30 ans dans la presse professionnelle. Pendant une quinzaine d’années, elle a encadré la rédaction France et international du Journal du Textile. Elle met désormais son expertise presse, textile, mode et luxe au service de journaux, organisations professionnelles et entreprises.

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