Coup de tonnerre l’année du 80e anniversaire de Balmain : Olivier Rousteing cède la direction artistique après 14 ans d’exercice. Cette information a été révélée ce mercredi 5 novembre sur le compte instagram de la Maison de mode parisienne sans préciser son successeur. Sous son mandat, Balmain s’est ouverte à la communication digitale, démocratisant les défilés, s’adressant comme personne jusqu’alors à la jeune génération.
Alors que Loïc Prigent vient de dévoiler un documentaire évènement pour célébrer l’octogénaire de la couture, Balmain, son chef d’orchestre quitte l’entreprise qui l’a vu s’affirmer.
Bien avant Polène et Jacquemus, la Maison Balmain a su entrer en résonance avec la jeune génération par l’entremise d’Olivier Rousteing.
Surdoué du style comme de la communication digitale, il a su par ses prises de paroles franches et ses multiples créations et initiatives (collections, défilés, documentaires, collaborations, …) nouer une relation particulière avec sa communauté, n’hésitant pas à lever le voile sur les coulisses de la création, quitte à fendre l’armure.
Aussi à l’aise dans les ateliers que face caméra, tout en étant plus pudique et plus sensible qu’un Karl Lagerfeld, Olivier Rousteing a su exercer avec maestria le rôle si exigeant et protéiforme du directeur artistique moderne.
Balmain n’a pour l’heure pas encore désigné son successeur.
Nouvelle ère pour une Maison à l’esprit couture
Quand il rejoint Balmain en 2009, Olivier Rousteing le fait en qualité de responsable de studio. Deux ans plus tard, il remplace au pied levé à la direction artistique un Christophe Decarnin exténué, première victime médiatique de ce qui ne s’appelle pas encore un “burn out”. Alors que la Maison est en perte de vitesse, le jeune homme a pour mission de moderniser l’image de Balmain autant que de rajeunir sa clientèle.
Âgé de seulement 25 ans, Olivier Rousteing devient le plus jeune directeur artistique en exercice. Outre la continuité de l’esthétique rock et ultra féminine de son prédécesseur, ses premiers pas sont audacieux. Sous son impulsion, l’éminente Maison de mode parisienne fondée en 1945 entre de plain-pied dans une nouvelle ère, celle du digital.
A l’époque, il fait partie des rares directeurs artistiques capables de s’adresser avec finesse à ses congénères millennials, une qualité qu’il partage essentiellement avec les digital-native Christopher Bailey chez Burberry, Nicolas Ghesquière chez Balenciaga et Demna Gvasalia chez Vêtements.
Avec lui, Balmain développe sa présence sur les réseaux sociaux et s’érige en pionnière de l’inclusivité dans la mode, s’ouvrant à toutes les cultures et beautés.
Sa première participation dans la Ligne Balmain, un documentaire signé Loïc Prigent en 2014, crève l’écran. Dévoilant les coulisses d’un défilé, il montre comment il est parvenu à s’approprier tout en fluidité la silhouette “Jolie Madame” théorisée par le fondateur Pierre Balmain, près de sept décennies plus tôt.
Ses robes du soir élégantes et gracieuses se font aussi le manifeste d’une autre vision de la femme, conquérante avec des épaules marquées, un effet glam rock et des broderies. Aux côtés du cuir, il ose des matières originales comme le raphia et le rotin. Son exubérance et son audace créative lui valent de convaincre la chanteuse Rihanna.
Devant la caméra comme sur les réseaux sociaux, le styliste joue la carte de la proximité avec sa communauté. Composée de followers, de célébrités et d’influenceurs, celle-ci ne tarde pas à être proclamée “Balmain Army”.
En 2016, il assiste au rachat de la Maison par le fonds souverain du Qatar, Mayhoola for Investments LLC. Un nouveau propriétaire qui permet à la Maison Balmain de soutenir ses ambitions de diversification.
La Maison à l’esprit couture développe alors la maroquinerie et multiplie les collaborations pour accroître sa visibilité. En septembre 2022, Balmain pose les bases d’un univers beauté via un contrat de licence avec le groupe The Estée Lauder Companies. Cette nouvelle incursion se concrétise par le lancement de la collection de parfums «Les Éternels de Balmain» composée de huit eaux de parfum unisexes en août 2024.
Avec ses racines multiculturelles, Olivier Rousteing n’a eu de cesse de démocratiser la mode. Une démarche qui s’est notamment traduite en novembre 2015 avec une capsule pour H&M au succès retentissant et en juin 2019 par un premier concert-festival de mode en libre accès offert à 1500 spectateurs et retransmis sur les réseaux sociaux. L’occasion d’admirer de près la collection homme printemps-été 2020.
Derrière le succès commercial de ses créations, le mandat d’Olivier Rousteing a été assombri par le vol de collections de défilé en septembre 2023.
Un conte de fée moderne
Si l’histoire de sa rencontre avec la Maison Balmain est exceptionnelle, son histoire personnelle, distillée en toute sensibilité tout au long de son mandat, tient aussi lieu d’un conte de fée.
Enfant né sous X d’une mère somalienne et d’un père éthiopien, il est abandonné à la naissance dans un orphelinat. Il est adopté à deux mois par un couple bordelais aimant. Son père est directeur du port autonome de Bordeaux et sa mère, assistante sociale.
Le garçon grandit sans toutefois connaître l’identité de ses parents biologiques. Une quête personnelle éprouvante que le jeune prodige de la mode raconte dans un film Wonder Boy, né sous X, diffusé en avant-première à l’automne 2019 sur Canal+ avant une sortie en salles et en streaming sur Netflix. Dans ce documentaire, Olivier Rousteing découvre ainsi que sa mère biologique avait 15 ans au moment de sa conception.
Bon élève, il entre à l’École supérieure des arts et techniques de la mode (ESMOD Bordeaux) pour en ressortir quatre mois plus tard. Suivent de toutes aussi brèves études de droit pour faire plaisir à ses parents.
Arrivé avec son book sous le bras à Florence afin de décrocher un stage auprès du créateur italien Roberto Cavalli, il obtient finalement un poste de styliste pour la marque avant d’être promu créateur pour les collections de prêt-à-porter. Une expérience significative de 5 ans auprès du roi du glamour italien qui lui ouvre les portes de Balmain en 2009… Et qu’il quitte aujourd’hui à l’âge de 40 ans pour une destination encore inconnue.
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Photo à la Une : © Balmain