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McQueen envisage de licencier le tiers des salariés de sa production italienne

Confrontée à une baisse de 60% de son chiffre d’affaires depuis trois ans, la Maison de mode invoque une situation d’urgence pour restructurer sa fabrication transalpine. Ces mesures entrent dans le cadre des mesures d’économies plus larges lancées par Luca de Meo, le nouveau dirigeant de son propriétaire, le groupe Kering.

 

Alors que les résultats 2025 de Kering seront dévoilés le 10 février prochain, son nouveau directeur général Luca de Meo continue de manier le sécateur…

 

Après les différentes mesures déjà annoncées depuis son arrivée en septembre par le groupe de luxe (rachat de la totalité de la Maison Valentino repoussé à 2029, vente de la division Kering Beauté au groupe L’Oréal, cession de 60% des actions d’un prestigieux immeuble new yorkais), c’est au tour de la filiale transalpine de production de la Maison de luxe Alexander McQueen d’être dans le collimateur du dirigeant.

 

Urgence de se désendetter

 

Le 9 septembre dernier, Luca de Meo, à peine en place, avait expliqué lors de l’Assemblée générale du groupe de luxe, l’urgence de “continuer à se désendetter”. Et aujourd’hui, il n’épargne pas son pays d’origine.

 

Les trois syndicats italiens Filctem Cgil, Femca Cisl et Uiltec Uil ont ainsi publié, le 28 janvier dernier, un communiqué révélant que McQueen prévoyait “des licenciements représentant un tiers de l’effectif total et la réorganisation des processus de production”. Selon l’agence Reuters, qui cite une source syndicale, la Maison de mode britannique emploie environ 180 salariés au sein de ses trois entités italiennes, à savoir Scandicci (Florence), Novara (ville éponyme dans le Piémont) et Parabiago (Milan).

 

Le 26 janvier dernier, les représentants syndicaux de ces dernières ont rencontré la direction d’Alexander McQueen, qui leur a dressé “un tableau économique extrêmement critique pour la période 2022-2025, représentant une situation d’urgence”.

 

« La crise touche durement le secteur, entraînant une baisse de 60 % des revenus, une chute drastique des volumes de vente et des pièces produites, ainsi qu’un déséquilibre entre les coûts d’exploitation et les revenus », ont précisé les syndicats, qui ont aussi exprimé “de vives inquiétudes quant à l’avenir de la production et de l’emploi sur les sites de production”.

 

Objectif : retour à une rentabilité durable

 

La Maison McQueen a pour sa part confirmé à l’agence Reuters qu’elle « entamait un processus formel de consultation avec les syndicats au sein de son activité italienne« . Elle a précisé que celui-ci s’inscrivait « dans l’effort du groupe visant à ramener l’entreprise à une rentabilité durable au cours des trois prochaines années ».

 

Le groupe Kering a lui-même publié un communiqué où il explique « soutenir pleinement McQueen dans sa transformation stratégique en cours » et se dit confiant que ces mesures renforceront la position de McQueen sur le marché mondial du luxe.

 

Un article de The Business of Fashion (Bof), paru en novembre dernier, faisait état d’estimations de certains analystes évaluant les revenus annuels de McQueen à moins de 200 millions d’euros. Et de rappeler qu’on est loin de l’ambition initiale de Kering “de transformer McQueen en une marque d’un milliard d’euros”

 

55 licenciements au siège londonien

 

La Maison de mode britannique avait déjà annoncé en octobre 2025 la suppression de 55 postes (soit 20% de ses effectifs) à son siège londonien, où sont imaginés les modèles, et ce dans le cadre de la revue stratégique plus large de Kering.

 

Lors de l’annonce des résultats du troisième trimestre, Kering, qui ne ventile pas les performances des différentes entités de sa division “Autres Maisons”, dont fait partie McQueen, avait indiqué que son recul se réduisait “grâce à la progression des ventes de prêt-à-porter féminin”.

 

Mais pas suffisamment semble-t-il…

 

Les dirigeants syndicaux du pôle de production transalpin de McQueen doivent donc rencontrer Luca De Meo, le 5 février prochain pour avancer.

 

Des tensions entre Kering et la filière italienne

 

Le média BusinessOnline rappelle que “Kering est profondément ancré dans le système de production italien et fortement présent dans des districts stratégiques tels que Florence et Milan” et qu’il “joue un rôle déterminant dans la filière de la mode italienne, soutenant des milliers d’emplois directs et indirects”.

 

Mais il est aussi fait état de tensions croissantes entre le donneur d’ordre et ses interlocuteurs transalpins. Les difficultés de Gucci auraient ainsi entraîné la perte de plus de trois cents emplois dans les maroquineries de Scandicci et dans les districts toscans liés aux commandes de la Maison florentine.

 

Privés de commandes, des sous-traitants du groupe seraient contraints de mettre leurs salariés en chômage technique voire carrément de fermer leurs portes et de licencier leurs salariés.
Basé dans les Pouilles, Sud Salento srl, un fournisseur de la marque aux 2 G , aurait ainsi dû mettre au chômage technique 120 de ses salariés tandis que Luxury Goods International, basé dans le Tessin, aurait baissé pavillon, licenciant 120 personnes.

 

Lire aussi > Kering : le plan interne de Luca de Meo refroidit la bourse

 

Photo à la Une : © Unsplash

Image de Sophie Michentef
Sophie Michentef
Sophie Michentef a évolué plus de 30 ans dans la presse professionnelle. Pendant une quinzaine d’années, elle a encadré la rédaction France et international du Journal du Textile. Elle met désormais son expertise presse, textile, mode et luxe au service de journaux, organisations professionnelles et entreprises.

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