Il y a 140 ans est né Ludwig Mies van der Rohe, figure majeure de l’architecture du XXᵉ siècle, dont le nom continue de résonner avec une étonnante modernité. À rebours de l’ornement triomphant de son époque, « Mies » a redéfini la décoration intérieure et le luxe par l’épure, la rigueur constructive et une quête presque spirituelle de l’essentiel. De Berlin à Chicago, retour sur dix chefs-d’œuvre d’un architecte amoureux de l’acier.
« Moins, c’est plus » – une vie dédiée à l’essentiel
Mies disait: “God is in the details” (« Dieu est dans les détails »). Ses réalisations, qu’il s’agisse d’immeubles, de maisons ou de mobilier, en constituent sans doute les preuves les plus tangibles.
Ludwig Mies van der Rohe reste l’une des figures les plus significatives de l’architecture moderne. Né à Aix-la-Chapelle en 1886, fils d’un tailleur de pierre, il a gardé toute sa vie ce respect quasi mystique pour la matière. Pour lui, le luxe résidait dans la qualité d’une jointure, dans la noblesse d’un matériau brut et dans la fluidité du passage entre l’intérieur et l’extérieur. Il a été l’un des derniers directeurs du Bauhaus avant l’arrivée du nazisme – qui l’a poussé à émigrer aux États-Unis à la fin des années 1930. Là-bas, il devint directeur de l’école d’architecture du Illinois Institute of Technology (IIT) à Chicago et façonna la manière dont nous concevons l’espace, la structure et la relation entre l’intérieur et l’extérieur.

Pour Mies, l’architecture devait être honnête dans sa structure et pure dans sa forme. Sa fameuse maxime « less is more » (« moins, c’est plus ») reflète l’esprit de sa démarche : éliminer l’inutile pour révéler l’essentiel. Mais attention, ce minimalisme n’était pas synonyme d’économie ; ses projets coûtaient souvent une fortune en raison de l’exigence de perfection qu’il imposait aux ouvriers.
Son association avec Lilly Reich, sa collaboratrice de longue date, a été essentielle, en particulier dans les années 1920 et 1930 – un partenariat créatif longtemps minimisé, notamment sur des projets majeurs comme le Barcelona Pavillon et le mobilier associé.
Pavillon Barcelona (1928-1929) – Le manifeste du modernisme

Peut-être sa création la plus immédiatement reconnaissable, ce pavillon conçu pour l’Exposition internationale de Barcelone est une ode à l’espace libre, aux matériaux nobles (marbre, onyx, verre) et à l’équilibre des volumes. Conçu vers la fin des années 20, âge d’or d’une Allemagne qui avait perdu la guerre, encore en proie aux troubles sociaux et à la misère économique, le Pavillon devait servir à présenter au monde une nouvelle image du pays : celle d’un Etat prospère, pacifique, démocratique et à l’avant-garde en matière de culture. L’édifice était posé tel un temple antique sur un socle en travertin. Un mur en forme de U délimitait l’espace côté sud aménagé avec un grand bassin dont le contour était défini uniquement par les dalles du sol. Côté nord, un mur en marbre vert en forme U également bordait un patio agrémenté d’un second bassin, plus petit.

L’édifice fut démonté à la fin de l’exposition en 1930, mais il s’imposa durablement dans l’histoire. Les maîtres d’œuvre de sa reconstruction dans les années 1980 l’ont voulu fidèle aux plans originaux. Dans sa palette réduite et ses plans flottants, il est à la fois un exercice de pure géométrie et une invitation à la contemplation.
Une anecdote bien connue : Mies et Lilly Reich, conçurent pour ce pavillon la célèbre chaise Barcelona, aujourd’hui produite encore par Knoll et symbole du design moderne.
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Photo à la Une : © DR