[LIFESTYLE] Milan Fashion Week : le New Sexy peut-il sauver Gucci ?

Le 27 février, toute la Fashion Sphère de Milan… et au-delà, retenait son souffle face au défilé inaugural de Demna Gvasalia, actuel directeur artistique de Gucci, précédemment chez Balenciaga et Vêtement. Le résultat ?  Point d’étincelles mais une évidence : pour le nouveau venu, l’ère du buzz et du sexy n’est pas encore révolue.

 

Implorant les dieux à sa façon, Demna a enfin délivré sa première partition de la femme Gucci dans un décor monumental cerné de marbre blanc censé figurer un “sanctuaire” tout sauf muséal à l’ère du bruit et de la fureur. 

 

Contrairement à son prédécesseur, Sabato de Sarno, ex-Valentino, le créateur géorgien a préféré jouer franchement la carte du sexy, quitte à resservir quelques silhouettes réminiscentes de l’ère Tom Ford et du Porno Chic caractéristique du seuil des années 2000. Le directeur créatif de 44 ans, habitué aux propositions amples, n’a pas pour autant manqué de réviser les fondamentaux transgressifs en proposant des tenues seconde peau et une allure sporty, plus en phase avec l’époque. 

 

Dans ce show polarisant à souhait, deux écoles : certains criant au génie et au retour du sexy chez Gucci quand d’autres n’y ont vu qu’une collection peu différenciante, surfant sur la tendance mob wife (« femme de mafieux » en anglais) aux relents de Fast Fashion et même d’allure d’influenceuse façon Kim Kardashian. 

 

Alors, fera-t-il ou pas oublier à Gucci quatre ans de marasme ? L’avenir nous le dira. 

 

Nouveau départ

 

Avec un défilé inaugural intitulé Primavera (le printemps en italien), Demna ne cherche rien de moins qu’à opérer une véritable renaissance. Une sacrée audace surtout pour un géorgien dans une Maison transalpine. Le précédent, Sabato de Sarno, pourtant italien, s’était cassé les dents sur la compréhension de l’ADN Gucci, proposant un vestiaire bien trop sage pour être honnête, au point d’être remercié avant même d’acter un aggiornamento à la lueur de son rouge Ancora. 

 

En place depuis mars 2025, Demna, lui, a retenu la leçon. Refusant de confondre vitesse et précipitation à l’aune du calendrier des défilés et des difficultés financières dans lesquelles s’est empêtré Gucci depuis 2022, le géorgien a respecté l’échéance tout en proposant en septembre dernier un format alternatif, à savoir : un film signé Spike Jonze aidé par un casting cinq étoiles mené par Demi Moore, l’actrice star du film horrifique multi-récompensé The Substance. Avec sa Famiglia et son florilège d’archétypes aussi décadents que déjantés, Demna avait compris comment, via cet objet très  cinématographique, gagner du temps tout en donnant quelques pistes rassurantes aux financiers.

 

Quant au lancement véritable de son règne stylistique, Demna a préféré attendre la saison suivante, soit l’Automne-Hiver 2026-27 pour se plier à l’exercice du défilé live et livrer sa relecture du mythe Gucci. Le créateur a choisi l’épure d’un Palazzo Delle Scintille rempli de sculptures de marbres pour faire ressortir ses créations et surtout capter l’attention, une nécessité à l’heure de la saturation informationnelle

 

Ressusciter le sexy de Gucci

 

La veille du Jour J, Demna, toujours d’humeur taquine, a une nouvelle fois livré un aperçu inattendu, entièrement réalisé par de l’intelligence artificielle, alimentant ainsi sur la toile  buzz et commentaires plus ou moins passionnés. Déjà, la vision d’un renouveau sexy se faisait jour. Le tout, corroboré par les propos du maître en personne, déclarant en amont “Je ne veux pas d’une approche intellectuelle, mais je veux que Gucci soit une sensation.

 

Délibérément mixte, le défilé a mis en vedette deux vestiges archétypaux de l’ère Tom Ford : la femme fatale et le himbo, réinterprétation testostéronée et bodybuildé de la bimbo. 

 

Refusant de tomber dans la facilité d’un ultra court systématisé et encore moins d’un oversize signature chez Balenciaga, Demna a opté pour un mix de taille skinny, de caché-dévoilé, de jupes midi, de cols roulés seconde peau, de fausse fourrure, de pantalons en cuir et de robes échancrées. L’esprit sportswear voire urbain qui caractérisait son ancien point de chute insuffle une seconde jeunesse à coup de leggings, de t-shirts moulants et de jeans droits

 

Les inconditionnels de la griffe salueront toutefois la présence de quelques invariants dramatiques Gucci comme le motif Flora, décliné en imprimé sur chemisiers et robes, le double G travaillé en monogram sur des collants ou souliers ou encore le mors décliné en version bottes et escarpins. Notons également le retour de la nuit à grands renforts de paillettes, de jupes en cuir voire de string apparent en trompe-l’œil, en réalité pantalons croppés. Grande brindille et prêtresse de ce style tacky tout droit sorti des Noughties, Kate Moss a ainsi fait son grand retour, clôturant sur une silhouette dos nu et… G-string dehors, comme un jeu de mot avec le G de Gucci. 

 

Le tout donne un vestiaire à mi-chemin entre allure milanaise rêvée et érotisme aiguisé version Catherine Tramell, alias Sharon Stone dans Basic Instinct, le sulfureux thriller de Paul Verhoeven (1992).  Preuve s’il en est, la tenue immaculée et outrageusement sexy de la scène mythique de l’interrogatoire s’offre ici un dernier tour de piste. 

 

 

Lire aussi > Demna fait frémir les ventes de Gucci

 

Photo à la Une : Gucci

Image de Victor Gosselin
Victor Gosselin
Victor Gosselin is a journalist specializing in luxury, HR, tech, retail, and editorial consulting. A graduate of EIML Paris, he has been working in the luxury industry for 13 years. Fond of fashion, Asia, history, and long format, this ex-Welcome To The Jungle and Time To Disrupt likes to analyze the news from a sociological and cultural angle.

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