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Le management de Richemont à l’épreuve de la crise du Covid-19

Le management de Richemont à l’épreuve de la crise du Covid-19

Manager en temps de crise n’est pas chose aisée. Cela l’est encore moins pour Richemont. Depuis le début de la crise du coronavirus, le modèle de management du groupe genevois fait l’objet de vives critiques. La colère gronde en effet chez les employés du groupe de luxe qui ont vu leurs primes annuelles bridées alors que le comité de direction a lui vu sa rémunération augmenter de plus d’un tiers lors du dernier exercice. Des contresens qui ont causé le départ précipité de Sophie Guieysse, la directrice des ressources humaines du groupe, en pleine tempête du coronavirus.

 

 

Une politique de rémunération défaillante et «un management déconnecté de la réalité»

 

Le groupe de luxe genevois (Cartier, Van Cleef & Arpels, Montblanc) a fait bondir ses employés mercredi 27 mai dernier lorsqu’il a annoncé une hausse significative des salaires de la direction générale et un recul des rémunérations des cadres et du personnel pour 2020.

 

Le groupe de luxe a en effet annoncé que la rémunération du comité de direction de Richemont a atteint 41,4 millions de francs (+35,8%) pour l’exercice achevé fin mars … au moment même où les employés ont vu leurs primes annuelles amputées d’au moins 25%.

 

Des incohérences pointées du doigt par des employés en colère, surtout que le groupe Richemont a aussi décidé de renoncer à compenser les salaires des collaborateurs au chômage partiel : à partir de juin ou juillet, ils ne recevront donc plus que 80% de leur revenu, contre 94% jusqu’ici.

 

Raphaël Thiémard, responsable national de la branche horlogerie au sein du syndicat, se dit choqué par cette situation: « Il n’est pas normal qu’un groupe qui bénéficie d’argent public pour garantir le maintien de ses emplois agisse de la sorte. Les employés au revenu modeste, dont beaucoup de femmes, se retrouvent dans des situations très compliquées. »

 

Une indignation partagée par une collaboratrice du groupe qui, après une dizaine d’années passées au sein de Richemont verra son salaire amputé dès le mois de juin : « Tout le monde doit faire des efforts, mais apprendre que nos hauts dirigeants se partagent 41 millions est un gros problème. Ce sont eux qui devraient réduire leurs revenus, pas les collaborateurs qui gagnent moins de 5000 francs par mois. » a-t-elle témoigné anonymement au quotidien suisse Le Temps.

 

En Italie, le mécontentement des employés de Richemont a même donné lieu à des actions concrètes. À Turin et à Milan, des mouvements de grèves ont été organisés le 5 juin par plusieurs centaines de travailleurs du pôle joaillier du groupe de luxe helvétique pour dénoncer les coupes dans leurs primes.

 

Crise profonde du management ou erreur de communication ?

 

«C’est tellement gros que ça ne peut pas simplement être une erreur de communication. Cela témoigne d’un management au sommet totalement déconnecté de la réalité.» Si le syndicaliste Raphaël Thiémard est unanime, le groupe suisse spécialisé dans l’industrie du luxe a toutefois souhaité se justifier pour tempérer la colère de ses employés.

 

Ainsi, pour une porte-parole du groupe interviewée par Le Temps, « la hausse des rémunérations du comité de direction dépend de décisions prises il y a un an, bien avant la pandémie [….] pour garantir l’attractivité de la compagnie en tant qu’employeur » et que donc selon l’évolution de la situation financière de Richemont, les membres du comité de direction pourraient bien ne jamais toucher la globalité de la rémunération annoncée dans le rapport 2019-2020 du groupe publié le 27 mai dernier.

 

Toujours selon elle, le nouveau rapport ne prend pas en compte les dernières décisions prises par le groupe pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire, et notamment celle de réduire les salaires des hauts dirigeants : « Depuis avril, le président du conseil d’administration, Johann Rupert, a réduit son salaire de moitié, alors que les membres du comité de direction ont abaissé le leur de 20%, et ce jusqu’à nouvel ordre. »

 

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Aussi, « les activités sont en train de redémarrer, ce qui signifie que le personnel chôme moins. La non-compensation sera atténuée par le fait que les jours travaillés sont payés pleinement » rassure la porte-parole.

 

Des déclarations qui sont autant de tentatives de Richemont pour rétablir un dialogue brisé avec ses employés et s’efforcer de mieux communiquer après avoir admis des maladresses dans sa communication : «Le mécontentement exprimé par certains donne l’opportunité à la direction du groupe d’engager un dialogue constructif avec ses collaborateurs», conclut-elle.

 

Il n’empêche que Sophie Guieysse, directrice des ressources humaines de Richemont depuis octobre 2017 a été remercié il y a quelques jours après avoir jugé « indécentes » les dernières décisions et prises de parole du groupe genevois.

 

Une gestion des ressources humaines chaotique, empirée par le contexte actuel de crise, et qui bien pourrait avoir un impact sur la composition de la direction générale de Richemont, voire sur l’avenir du groupe de luxe lui-même.

 

 

Lire aussi > Richemont dévoile un bénéfice net annuel à 931 millions d’euros, en baisse de 67%

 

Photo à la Une : © Richemont

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