À 70 ans passés, beaucoup lèvent le pied, lui ouvre un nouveau chapitre. Entrepreneur visionnaire, bâtisseur d’enseignes devenues iconiques, Serge Trigano revient avec un projet qui conjugue hospitalité, immobilier et révolution sociétale : Casa Barbara. Une adresse pensée pour réinventer le “bien-vieillir” en ville, loin des codes médicalisés traditionnels. Plus qu’un concept, une vision business portée par l’expérience d’un serial entrepreneur qui n’a jamais cessé de croire au pouvoir du collectif.
L’ADN d’un bâtisseur d’expériences
Le nom Trigano est indissociable d’une certaine idée du bonheur partagé. Héritier et dirigeant du mythique Club Med, Serge Trigano a contribué à façonner une hospitalité expérientielle bien avant que le mot “lifestyle” ne devienne un argument marketing. Plus tard, avec Mama Shelter, il casse les codes de l’hôtellerie traditionnelle, injecte de la convivialité dans le design, démocratise une forme de luxe décontracté.
À chaque étape, un fil rouge : créer du lien.
Casa Barbara s’inscrit dans cette continuité. Mais cette fois, le terrain est encore plus audacieux : celui du senior living. Un marché en pleine expansion, porté par le vieillissement démographique et la transformation des modèles familiaux. Là où beaucoup voient un segment immobilier, Serge Trigano voit un enjeu de société – et une opportunité entrepreneuriale majeure.

Après le lancement de Casa Barbara à Levallois-Perret en mai 2022, Serge Trigano poursuit l’expansion du concept sur la Côte d’Azur. La deuxième Casa Barbara a été inaugurée à Nice le 30 juin 2023, dans le quartier Saint-Roch, offrant à nouveau une résidence chaleureuse mêlant intimité privée et espaces de vie partagés, un restaurant animé et une programmation d’activités pour favoriser les échanges et casser la solitude. Et l’aventure ne va pas s’arrêter là : d’autres ouvertures sont déjà envisagées, portées par l’énergie de serial entrepreneur de Serge Trigano.
Le pari stratégique du “bien-vieillir”
Le vieillissement de la population européenne redessine les contours de l’économie. Silver economy, coliving intergénérationnel, résidences services : les concepts se multiplient. Mais Casa Barbara ne se positionne ni comme une maison de retraite médicalisée, ni comme une simple résidence senior.
Le projet revendique une approche hybride : hospitalité, programmation culturelle, restauration conviviale, espaces communs pensés comme des lieux de vie et non comme des couloirs institutionnels. Le modèle repose sur une promesse simple mais puissante : rester acteur de sa vie, entouré, stimulé, en sécurité.
Derrière cette vision, se dessine une mécanique business structurée : immobilier maîtrisé, partenaires investisseurs, modèle “scalable”. Le défi n’est pas seulement humain, il est financier. Transformer un segment historiquement perçu comme anxiogène en destination désirable suppose un repositionnement stratégique fort – et une pédagogie auprès des familles comme des investisseurs.
Serial entrepreneur, toujours
Ce qui frappe chez Serge Trigano, c’est moins la diversification que la cohérence. Du Club Med à Mama Shelter, puis à Casa Barbara, il explore toujours le même territoire : celui du vivre-ensemble.

Le moteur ? L’envie de recommencer. Le goût du risque calculé. L’énergie du lancement. Être serial entrepreneur, c’est accepter l’incertitude permanente. C’est comprendre que chaque succès porte en lui la nécessité d’une réinvention.
Dans un monde économique instable, marqué par les crises sanitaires et les tensions immobilières, lancer un nouveau concept relève autant de la conviction que du courage. Casa Barbara n’est pas un projet opportuniste ; c’est un pari à long terme sur l’évolution des modes de vie.
Leadership et transmission

À l’heure où de nombreux dirigeants parlent de “purpose” (objectif), Serge Trigano revendique une approche presque instinctive de l’entreprise : créer des lieux qui rassemblent. Mais derrière l’intuition, il y a l’expérience. Savoir s’entourer. Déléguer. Anticiper les cycles. Accepter les échecs.
Serge Trigano prolonge l’aventure entrepreneuriale en famille avec ses deux fils, Benjamin et Jérémie. Dans le sillage de leurs expériences – notamment avec Mama Shelter – ils insufflent à Casa Barbara une vision chaleureuse et intergénérationnelle.
Casa Barbara marque aussi une étape générationnelle : penser le vieillissement quand on appartient soi-même à cette génération. Transformer une réalité personnelle en vision entrepreneuriale.
Le leadership, ici, ne repose pas sur la disruption technologique, mais sur l’intelligence relationnelle. Sur la capacité à comprendre une mutation sociologique profonde et à en faire un modèle économique viable. Rencontre avec un bâtisseur éclairé à l’intelligence émotionnelle et profondément humain.
INTERVIEW
LUXUS PLUS : Après avoir profondément marqué l’hôtellerie lifestyle avec Mama Shelter, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous lancer dans le projet Casa Barbara ?
Serge Trigano : La marque de fabrique de la famille Trigano, c’est sa capacité à créer des lieux de vie et à donner du bonheur aux gens. Il nous a donc paru tout naturel de nous adresser au monde des seniors, trop souvent amenés à se retrouver seuls, à s’ennuyer dans leur appartement et à se laisser partir. Casa Barbara a été imaginée pour aider à bien vieillir autour de trois piliers. Premièrement, bien manger grâce aux talents de Pierre Gagnaire. Deuxièmement, ne jamais être seul et bien s’entourer, et c’est notre savoir-faire appris au Club Méditerranée. Troisièmement, offrir de nombreuses activités physiques et intellectuelles, fruits de nos cinquantaines d’années d’expérience.

LUXUS PLUS : Casa Barbara répond à une mutation sociétale forte autour du vieillissement et du lien social. Voyez-vous ce projet comme une intuition de marché, une suite logique dans votre parcours d’entrepreneur ou un engagement personnel presque militant ?
Serge Trigano : Militant, non, ce serait trop prétentieux de ma part mais nous fonctionnons beaucoup à l’intuition pour ce projet, comme pour tous nos projets. Et après avoir débuté notre activité professionnelle dans les villages des cases du Club Méditerranée pour des célibataires, il était logique que l’on s’occupe d’eux maintenant qu’ils ont vieilli.
LUXUS PLUS : Vous êtes un serial entrepreneur, entouré de vos fils. Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à créer, développer, recommencer et comment entretenez-vous votre capacité à innover ?
Serge Trigano : Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de continuer à apporter du bonheur aux gens et à casser la solitude. Et j’essaie simplement d’être à l’écoute du monde qui nous entoure. Je prends le métro pour aller au travail, je regarde la télé, je lis tous les journaux et quelques livres et j’essaye de sentir les besoins et les désirs des gens et ainsi de répondre aux enjeux auxquels nous sommes confrontés.

LUXUS PLUS : Casa Barbara semble vouloir effacer le mot « EHPAD » ou « maison de retraite » du dictionnaire. Quel a été le principal défi économique et structurel dans la conception de Casa Barbara ? Où se situe la complexité ?
Serge Trigano : La complexité pour Casa Barbara réside dans notre capacité à motiver nos futurs résidents à quitter leur appartement, leurs habitudes, leur histoire, pour rejoindre un lieu vivant, capable de répondre à leurs aspirations profondes et parfois cachées.
LUXUS PLUS : Le marché du “senior living” attire de plus en plus d’acteurs. Quelle est votre différenciation stratégique ?
Serge Trigano : La plupart des acteurs aujourd’hui sont des promoteurs immobiliers avant tout motivés par le profit lié à la construction plutôt que par la gestion des résidences. Notre chemin est inverse : nous partons d’un concept hôtelier, et proposons à nos clients de vivre comme à l’hôtel. Nous avons ainsi complètement renversé la logique du système.

LUXUS PLUS : Comment convaincre des investisseurs sur un projet qui mêle rentabilité et dimension humaine forte ?
Serge Trigano : Notre chance, c’est que nous avons à nos côtés deux investisseurs La Carac, une mutuelle très engagée dans le monde des seniors, et Atream, le fond français leader dans le secteur du tourisme, qui ont accepté dès le premier jour de nous accompagner dans ce projet.
LUXUS PLUS : Après l’aventure du Club Med et celle de Mama Shelter, qu’avez-vous appris sur la gestion de la croissance et des cycles économiques ?
Serge Trigano : J’ai appris avec le temps que nos métiers sont faits de hauts de de bas. Il faut savoir garder la tête froide, mettre de l’argent de côté et faire preuve d’un peu d’humilité quand on est en haut du cycle et qu’il faut de la résilience et un bon environnement familial quand on traverse une crise.
LUXUS PLUS : Si vous deviez résumer Casa Barbara en une vision à 10 ans : réseau international, concept référent, nouvelle manière d’habiter le grand âge… Quelle est votre ambition ultime ?
Serge Trigano : Mon rêve a 10 ans – que je ne verrai peut-être pas – c’est que Casa Barbara devienne un réseau de lieux à travers le bassin Méditerranéen et L’Europe. Nos clients pourraient passer six mois l’hiver au Maroc ou en Tunisie, six mois l’été en Bretagne, puis peut-être six mois après sur le côte d’Azur, à Nice ou à Antibes.
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Photo à la Une : © Casa Barbara