C’est une annonce qui marque un tournant stratégique dans l’histoire d’Hermès. Lors de son assemblée générale du 17 avril 2026, Axel Dumas – le gérant d’Hermès International – a confirmé que la Maison lancerait courant 2027 sa première collection de Haute Couture. Fidèle à son ADN, le sellier parisien aborde ce territoire avec prudence, en faisant de l’excellence artisanale le cœur de sa démarche.
Une ambition confirmée au sommet
En février 2025, lors de la présentation des résultats annuels, Axel Dumas avait annoncé officiellement son intention de faire rentrer sa Maison dans le cercle fermé de la Haute Couture. Lors de l’assemblée générale du 17 avril 2026, il a précisé que la première collection devrait voir le jour en 2027, en janvier ou en juillet. Il a également indiqué que la Maison était en pleine phase de recrutement et qu’il avait déjà pu découvrir les premiers développements, qu’il a particulièrement appréciés.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique naturelle plutôt que dans une logique opportuniste. Le dirigeant l’a rappelé à plusieurs reprises : la Haute Couture est avant tout une affaire de savoir-faire, domaine dans lequel Hermès excelle déjà, notamment grâce à sa maîtrise du cuir et de la confection.
Dans un paysage dominé par des Maisons historiques comme Chanel ou Dior, l’arrivée d’Hermès ne relève pas d’une stratégie de conquête agressive, mais d’une extension cohérente de son univers.
Une direction artistique déjà en place
Contrairement à d’autres Maisons, Hermès ne repose pas sur une figure unique, mais sur une organisation créative plurielle. Pour la Haute Couture, deux noms émergent.
On pense d’abord bien sûr à Nadège Vanhee-Cybulski, directrice artistique du prêt-à-porter féminin depuis 2014, pour piloter les silhouettes couture, dans la continuité de son travail sur une élégance épurée et fonctionnelle. Diplômée de l’Académie Royale d’Anvers en 2003 et de l’Institut français de la mode en 2004, reconnue pour son approche épurée et contemporaine du luxe, elle avait débuté chez Maison Martin Margiela avant de rejoindre Céline sous la direction de Phoebe Philo de 2008 à 2011. Elle avait poursuivi son parcours chez The Row pendant trois ans, où elle affinée son esthétique minimaliste, avant de rejoindre en 2014 la Maison Hermès.
Mais le nom de Léa Peckre, une créatrice française formée à l’école de La Cambre à Bruxelles, reconnue pour son approche mêlant exigence artisanale et radicalité créative, est aussi évoquée par la presse spécialisée. Son parcours et son sens du vêtement auraient attiré l’attention de Hermès, qui l’aurait sollicitée pour contribuer au développement de sa première ligne de Haute Couture, aux côtés de Nadège Vanhée-Cybulski.
Lauréate du Grand Prix du Festival international de mode et de photographie d’Hyères en 2011, Léa Peckre a fondé sa marque éponyme dès l’année suivante et intégré la Fashion Week de Paris en 2014.
Passée par des Maisons comme Jean Paul Gaultier, Givenchy et Isabel Marant, elle s’est rapidement imposée sur la scène parisienne, notamment en remportant le Prix des Premières Collections de l’ANDAM en 2015. Elle a ensuite rejoint Céline, où elle a dirigé le design du prêt-à-porter féminin entre 2020 et 2025.
La Haute Couture : un cadre strict et exigeant
Entrer dans la Haute Couture en France ne relève pas d’une simple déclaration. L’appellation est juridiquement protégée et encadrée par la Chambre Syndicale de la Haute Couture. Pour obtenir ce statut, une Maison doit répondre à plusieurs critères précis : concevoir des pièces sur mesure pour une clientèle privée, disposer d’un atelier à Paris avec un nombre minimum d’artisans, présenter deux collections par an (janvier et juillet), et garantir un travail majoritairement réalisé à la main.
Ces exigences font de la Haute Couture un cercle extrêmement restreint, où l’excellence technique prime sur toute logique de volume.
Des résultats sous tension qui éclairent la stratégie couture
Cette incursion dans la Haute Couture intervient dans un contexte conjoncturel plus difficile pour Hermès. Au premier trimestre, le sellier a enregistré un chiffre d’affaires de 4,1 milliards d’euros, certes en croissance de 6 % à taux de change constants mais à un niveau toutefois inférieur aux attentes du marché. Cette publication a entraîné une réaction immédiate à la Bourse de Paris – moins 13% à l’ouverture des marchés le 15 avril dernier, avec un recul marqué du titre de moins 8% à sa clôture. Ce ralentissement s’explique en partie par un coup d’arrêt en mars, après un début d’année soutenu, notamment en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans cette région, habituellement dynamique, l’activité a fortement reculé, impactant également les flux touristiques internationaux, essentiels au secteur du luxe.
Dans ce contexte, le projet de Haute Couture prend une dimension particulière. Plus qu’un simple développement, il peut être lu comme une affirmation stratégique : celle de renforcer encore la singularité d’Hermès en s’appuyant sur son cœur de métier, l’excellence artisanale et sur une clientèle fidèle, moins sensible aux aléas conjoncturels. Une manière, aussi, de réaffirmer une vision du luxe fondée sur la rareté, la maîtrise et le temps long.
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Photo à la Une : © Hermès