Moment clé du calendrier de la Fashion sphère et singularité typiquement française, la semaine de la Haute Couture de Paris débute ce 26 janvier. Parmi les créateurs membres de ce club très fermé, le créateur italien Giambattista Valli a décidé au dernier moment de se retirer. Un repli sur fond de rumeur d’un possible départ de son plus proche soutien financier, le fonds Artémis.
Initialement, Giambattista Valli devait faire partie de la trentaine de créateurs haute couture (Chanel, Schiaparelli, Giorgio Armani Privé, Elie Saab, Julien Fournié, Franck Sorbier, Alexis Mabille, Germanier, Ashi Studio…) amenés à défiler à Paris du 26 au 29 janvier pour présenter leurs collections printemps-été 2026. La Maison de couture italienne devait même inaugurer la semaine de la Haute Couture ce lundi.
Mais ce ne sera finalement pas le cas.
Artémis, la branche d’investissement privé de la famille Pinault, actionnaire majoritaire depuis 2021, a en effet préféré annuler la présentation, officiellement pour des raisons organisationnelles. Mais officieusement pour des raisons financières, croit savoir le média d’investigation Glitz, qui évoque un endettement dont a hérité le véhicule d’investissement de la famille dirigeante du groupe Kering.
Raisons financières plus que organisationnelles
Contacté par la presse, la Maison de couture fait état d’ “une révision approfondie de l’organisation de ses activités, afin de garantir la pérennité de l’entreprise”.
Dans les faits, des rumeurs persistantes depuis plusieurs mois évoquent le probable retrait de l’actionnaire majoritaire Artémis, le véhicule d’investissement du groupe de luxe Kering soutenu par la banque d’investissement Rothschild & co. En 2017, le fonds Artémis était entré au capital de Giambattista Valli, avec une participation minoritaire, avant d’en acquérir la majorité en 2021 et d’augmenter encore sa participation l’année dernière, à raison de 84,78% des parts.
Toutefois, dans un article publié dans le média italien Il Foglio quelques jours plus tôt, il était déjà signalé que ce trentième défilé de Haute Couture, prévu le 26 janvier prochain pourrait être le dernier dans sa forme actuelle. Des dirigeants, cités par ce même journal, affirmaient même ignorer si l’entreprise survivrait jusqu’au printemps, une fermeture pure et simple étant envisagée. Une cession, qui n’a toujours pas eu lieu, serait même attendue depuis novembre. Toujours selon le même média, la date butoir pour trouver un acheteur prêt à remplacer la famille Pinault serait fixée à la fin du mois.
Les données défavorables indiquent une situation d’endettement qui s’est nettement aggravée, passant d’environ quatre millions d’euros de pertes en 2018 à 44,3 millions au printemps dernier. L’été dernier, l’agence Reuters avait souligné que la dette consolidée du groupe (Artemis) s’élevait à 26,7 milliards d’euros à la fin de 2024, soit près du double par rapport à deux ans auparavant.
Une situation qui fait écho au ralentissement mondial des dépenses auxquels le luxe et le groupe Kering sont confrontés depuis plusieurs mois. Le coût croissant du financement d’un défilé n’est pas non plus étranger à sa suppression. Interrogé par le média Fashion United en 2025, Caroline Lefrere, fondatrice de l’agence Hermana évoquait un ticket d’entrée minimum à 50 000 euros, même si ces coûts peuvent s’envoler à plusieurs millions pour les plus grandes Maisons.
Giambattista Valli avait lancé sa marque éponyme en 2005, annonçant son premier défilé prêt-à-porter à Paris. Il avait ainsi quitté l’Italie afin de concrétiser son rêve de fonder une véritable « Maison », fort d’expériences concluantes auprès de Roberto Capucci, Fendi et Emanuel Ungaro, en tant que Directeur Créatif. Le tournant Haute Couture de la Maison était survenu en juillet 2011. Le créateur italien était devenu membre officiel de la Chambre Syndicale de la Haute Couture.
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Photo à la Une : © Giambattista Valli