Quelques jours après l’annonce du départ de Véronique Nichanian, après 37 ans à la tête des collections masculines, le sellier a désigné pour la remplacer Grace Wales Bonner, une autre femme et figure majeure de la nouvelle génération de la mode britannique.
Hermès est-elle une des rares Maisons de luxe à être encore inclusive dans ses recrutements de designer artistique ?
La question peut sembler provocatrice. Mais toujours est-il que, lorsque la majorité des acteurs du secteurs -à l’exception de Proenza Schouler (Rachel Scott), Bottega Veneta (Louise Trotter) et récemment Fendi (Maria Grazia Chiuri)– ont remplacé leurs créateurs par des hommes, le traditionnel sellier se démarque de ses pairs.
Multiples Prix
Il va en effet remplacer Véronique Nichanian, qui était à la tête de ses collections Homme depuis 37 ans, par une autre femme, de surcroit métisse, Grace Wales Bonner.
Si des créateurs de couleur (comme feu Virgil Abloh ou Pharell Williams chez Louis Vuitton) avaient déjà rejoint les rangs des plus grands rangs, ce n’était pas encore le cas pour leurs homologues de sexe faible.
Mais cela n’a sans doute pas été un critère de choix pour Hermès, qui a peu de risques de se tromper en nommant la britannique de 35 ans. La Maison dirigée par Pierre-Alexis Dumas a sûrement été plus sensible au talent de la jeune femme, salué par les prix les plus prestigieux aussi bien à Paris qu’à New York ou Londres : Prix LVMH des jeunes créateurs en 2016, Prix international du designer Homme (CFDA International Men’s Designer of the Year) décerné par le CFDA en 2021 et enfin, Prix jeune créateur pour le masculin (Emerging Menswear Designer) puis créateur britannique de l’année pour la mode masculine, dans le cadre des British Fashion Awards, en 2015 et 2024.
Reconnaissance éclair
Grace Wales Bonner, née à Londres de l’union d’un père jamaïcain et d’une mère anglaise, a su tracer sa route avec célérité.
En 2014, fraîchement diplômée de la réputée Central Saint Martins, elle n’hésite pas à lancer sans attendre sa propre marque, Wales Bonner, dédiée à l’Homme, et à laquelle elle ajoute un volet féminin quatre ans plus tard.
Elle va très vite se faire remarquer par sa recherche aussi bien sensible qu’intellectuelle d’une mode métissée et sophistiquée, associant des supposés contraires, comme masculinité noire et diversité culturelle, influences africaines et européennes, féminin et masculin, traduction et modernité, couture et sportswear…
Son riche univers et l’élégance de ses silhouettes sont remarqués par les plus grands et elle collabore avec des Maisons de luxe (comme Dior pour la croisière 2020, Manolo Blahnik ou le tailleur de Savile row, Anderson & Sheppard) et des marques comme Adidas (pour qui elle a lancé, en 2020, une collection capsule Adidas Originals baptisée “luxury sportswear from a Afro-Atlantic Perspective”).
Déjà exposée au Victoria & Albert Museum !
Son approche culturelle lui vaut même d’être exposée à Londres au Victoria & Albert Museum ou à la Serpentine Gallery !
De nombreuses critiques de mode la citaient comme une probable recrue pour prendre la tête d’une grande Maison. Son nom n’avait cependant pas encore émergé lors du grand mercato créatif qui touche actuellement le luxe. Cela avait conduit récemment Sarah Mower (Vogue Runway) à s’en offusquer et à se demander “pourquoi des femmes aussi influentes et douées que Grace Wales Bonner et son aînée Martine Rose” n’ont pas encore été embauchées par une maison ou une marque ?” y voyant “moins un mystère qu’une honte totale.”
Hermès était semble-t-il du même avis. Et le sellier n’a pas laissé passer celle qu’on considère comme l’une des représentantes majeures de la nouvelle génération de la mode britannique.
Grace Wales Bonner complète ainsi l’équipe artistique d’Hermès, déjà constituée de Nadège Vanhee, pour les collections Femme, Pierre Hardy, pour la création des souliers, bijoux et objets de beauté et supervisée par Pierre-Alexis Dumas, le directeur artistique global.
La nouvelle venue présentera son tout premier défilé Homme pour le sellier en janvier 2027.
Lire aussi > Hermès : Véronique Nichanian tire sa révérence
Photo à la Une : © Hermès