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RH : quand les candidats sont intimidés par les offres d’emplois du Luxe

Travailler dans le luxe reste un rêve pour encore nombre de jeunes diplômés français. Mais, dans les faits, cela peut vite ne rester qu’un doux rêve alors que le manque de réseau et l’exigence d’excellence peuvent en dissuader plus d’un de candidater C’est ce dont témoigne une étude ESG Luxe réalisée en février 2026.

 

Le luxe continue de faire rêver les nouvelles générations, comme en témoigne le classement Universum, lequel établit les choix des jeunes diplômés, où des acteurs phares du secteur comme LVMH, L’Oréal Group et Hermès trustaient encore le Top 3 en 2025. 

 

Or, la nouveau baromètre de l’ESG Luxe x So Youth! révèle une situation paradoxale : si 76 % des 18-25 ans souhaitent travailler dans le luxe, une large part s’y sent illégitime. 

 

Désirable, le secteur souffre toutefois d’une image exigeante – et donc stressante – voire parfois peu inclusive. 

 

Une carrière dans le luxe toujours désirable

 

Malgré les turbulences auxquelles est confronté le secteur, le luxe continue de faire rêver les jeunes. 

 

Ainsi, d’après le deuxième baromètre «Jeunes & Carrières dans le Luxe», une enquête quantitative menée par ESG Luxe et So Youth! auprès de 402 jeunes de 18 à 25 ans, représentants de la Gen Z, 76% des individus intéressés par l’univers du luxe rêvent d’y travailler. 

 

Pour eux, le secteur reste associé à une triple réussite : financière, statutaire et sociale. 

 

Montée du luxe expérientiel

 

Reste que les segments plébiscités en France ne sont plus tout à fait les mêmes : l’aura de l’univers mode et accessoires – cœur battant du marché – s’est érodé en trois ans (-26 points), pour figurer en second choix des jeunes passionnés du luxe (35%). Et c’est l’univers des parfums et cosmétiques qui a bénéficié d’une attractivité nouvelle avec un gain de 19 points sur la période pour séduire 40% des sondés. 

 

Autre signe, les aspirations de la Gen Z en matière d’emploi suivent celles de la clientèle du luxe et son désir d’expériences avec une hôtellerie-restauration puis les transports (automobiles, yachting…) figurant tous deux en troisième position des carrières visées, à raison de 32% des sondés. 

 

Le top 5 des univers du luxe les plus plébiscités par la jeunesse se conclut avec la gastronomie,  à 30%. Le classement continue ensuite avec l’architecture et la décoration, l’horlogerie-joaillerie suivie, en dernier lieu, par les vins et spiritueux

 

La vente toujours moins bien perçue que la création

 

Côté métiers, la création et le design arrivent en tête des projections (36 %), suivis par l’événementiel (34 %) et le marketing & communication (26 %). Le luxe continue ainsi d’être perçu comme un univers d’expression, de narration et de mise en scène.

 

Cette projection atteste une nouvelle fois de la moindre attractivité persistante des fonctions de vente et de services, pourtant cœur battant du marché de l’emploi du secteur. A raison de 23% des répondants, elles se placent en quatrième position. 

 

Sans compter qu’hommes et femmes ne sont pas nécessairement attirés par les mêmes fonctions. Ainsi, 41 % des femmes se projettent dans la création, contre 31 % des hommes. Les talents masculins se tournent davantage vers les métiers technologiques et stratégiques (tech & digital, R&D). 

 

Un univers perçu comme trop intimidant ?

 

Si le luxe attire, il intimide aussi. Ainsi, 65 % des répondants estiment qu’il est difficile de trouver un emploi dans le secteur tandis que 75 % considèrent qu’il vaut mieux disposer d’un important réseau pour pouvoir y travailler. 

 

Autre frein à la candidature : 75 % perçoivent le secteur comme hautement compétitif et par extension, de prime abord, peu adapté à une bonne ambiance de travail.

 

Certains sondés n’hésitent pas à déplorer « un univers très codifié, presque un monde à part. », là où un autre déplore « Un environnement trop compétitif. » Ces réponses traduisent les freins ressentis par un grand nombre de jeunes candidats. 

 

Malgré une politique inclusive vers des profils moins évidents et extra-luxe depuis ces dix dernières années, le secteur souffre encore d’une image particulièrement exclusive et donc… excluante pour qui n’aurait pas les bons codes. 

 

Si les jeunes sont clairement attirés par le prestige, la rigidité inhérente aux règles et comportements attendus par le secteur constitue un frein sérieux pour une génération Z habituée aux structures hiérarchiques horizontales. 

 

Les nouvelles générations valorisent l’authenticité, la flexibilité, l’autonomie. L’ambiance de travail conditionne leur envie de s’engager. » rappelle Béatrice Decoop, sociologue en charge de l’enquête et fondatrice de So Youth ! “Lors des entretiens, il arrive que certains jeunes, pourtant très prometteurs, expriment une forme d’appréhension. Ils peuvent se demander s’ils sont réellement à leur place dans un environnement aussi exigeant que celui du luxe. » déclare Sarah Nadir, Directrice Dior Homme Bon Marché et intervenante ponctuelle à l’ESG Luxe.

 

Le luxe reste perçu comme un univers sélectif, où les règles ne sont pas toujours explicites. Plus problématique, cette perception s’accompagne d’incertitudes sur l’ouverture réelle du secteur à la diversité des profils. Si un jeune sur deux estime que les marques de luxe sont ouvertes à des parcours variés, qu’il s’agisse d’origine sociale, de formation ou d’apparence, 26% pensent le contraire et un quart des répondants ne se prononce pas. 

 

Autre apport intéressant du baromètre : ce n’est pas tant l’origine sociale qui conditionne la perception du secteur mais le genre. Là encore réside un autre paradoxe, malgré le fait que le secteur soit connu pour être fortement féminisé, les femmes perçoivent davantage la compétition interne. Une sensibilité qui renvoie à la crainte d’un plafond de verre et à une vigilance accrue face aux critères non écrits de légitimité.

 

La formation, solution aux barrières à l’entrée

 

Le baromètre ESG Luxe x So Youth ! démontre enfin l’importance de la formation comme levier d’acculturation aux codes du secteur ainsi qu’un outil d’expérience (stages, alternance) pour réduire le sentiment d’illégitimité des prétendants à cet univers. Et les membres de la Gen Z interrogés semblent au fait de cette réalité : 73 % estiment qu’une formation spécialisée est nécessaire pour entrer dans le secteur du luxe.

 

Outre l’expérience professionnelle, les jeunes citent la maîtrise des codes (diction, dress code, savoir-être) quasiment au même niveau (44 %), suivie de près par la maîtrise d’une langue étrangère des grands marchés du luxe (43 %).

 

Ces résultats montrent que, pour les 18-25 ans interrogés, l’accès au luxe repose sur un triptyque clair : expérience concrète, acculturation aux codes et ouverture internationale. Pour contrer sa pénurie de talents dans les métiers de la vente, de l’artisanat et de la tech, le secteur doit encore revoir l’attractivité de ses offres de manière à s’aligner avec les aspirations actuelles de la jeunesse (rémunération, équilibre vie professionnelle/vie personnelle, formation continue, mobilité interne, accompagnement dans l’usage des nouvelles technologies…)

 

Lire aussi > Des talents du Retail et de l’expérience client toujours activement recherchés dans le luxe

 

Photo à la Une : Unsplash

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Victor Gosselin
Victor Gosselin is a journalist specializing in luxury, HR, tech, retail, and editorial consulting. A graduate of EIML Paris, he has been working in the luxury industry for 13 years. Fond of fashion, Asia, history, and long format, this ex-Welcome To The Jungle and Time To Disrupt likes to analyze the news from a sociological and cultural angle.

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