Publié en 1925, Gatsby le Magnifique a offert à son auteur, Francis Scott Fitzgerald, un succès littéraire inespéré mais tardif, sur fond de mise en garde contre les faux semblants de la réussite et d’une spéculation hors de contrôle. Pourtant, cent ans plus tard, la plupart des commentateurs n’ont retenu que le faste, les robes charleston et les soirées à n’en plus finir au rythme du jazz. Récit d’une œuvre qui reste toujours largement incomprise.
“What Money Can’t Buy” (ce qui ne s’achète pas), voilà une expression de plus en plus en vogue dans le luxe. Elle est souvent synonyme de l’évolution de l’offre du secteur qui, au lieu de se focaliser exclusivement sur des produits physiques, s’oriente vers des expériences immatérielles, immersives et racontables sur les réseaux sociaux.
Or, s’il est une œuvre littéraire qui peut être considéré comme un manifeste de ce “What Money Can’t Buy” c’est bien Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby). L’histoire d’un amour impossible entre un mystérieux nouveau riche et une garçonne (flapper) mariée à un héritier millionnaire, à une époque où Long Island – en périphérie de New York – était surnommée la Gold Coast suite à l’édification de vastes manoirs par de grandes fortunes.
Cent ans après sa publication, le « grand roman américain » dont a accouché Francis Scott Fitzgerald et l’ombre de son mystérieux anti-héro plein aux as, Jay Gatsby est de toutes les soirées d’inspiration Années Folles, speakeasy ou electro swing. Incarnation d’une réussite essentiellement matérielle, il a été érigé en mème dans le milieu des financiers, crypto bros et des start-uppers de tous poils.
Pourtant, malgré les plus de 25 millions d’exemplaires vendus, c’est comme si la mise en garde de l’auteur et surtout l’expérience du narrateur du roman, Nick Carraway, jeune agent de change dans le Wall Street dérégulé des années 20, avaient été occultées.
En effet, Gatsby n’est pas que soirées arrosées et Jazz Age : il est une critique acerbe et acide du rêve américain et ce bien avant Brett Easton Ellis et son “American Psycho” qui dépeignait une image peu flatteuse des traders des années 80.
Coup de poker littéraire
Lorsque Francis Scott Fitzgerald s’apprête à sortir ce qui sera son troisième roman, le doute le tenaille. Le jeune homme de 29 ans ignore que ce livre sera le plus connu de son oeuvre. En attendant il espère renouveler le succès de son premier roman l’Envers du Paradis (This Side of Paradise), lequel s’était vendu en 1920 à plus de 40 000 exemplaires en cinq mois ! Or, cinq ans plus tard, un tel succès ne s’est pas vraiment reproduit et le fringant ancien élève de Princeton commence à accuser le coup. Des déboires à répétition sur sa pièce de théâtre The Vegetable, l’ont contraint à revoir ses ambitions d’écriture pour Gatsby le Magnifique qu’il a démarré en juin 1922.

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