Ce dimanche 5 octobre, le Bitcoin a franchi un nouveau cap historique en atteignant 125 689 dollars, dépassant ainsi son précédent sommet établi à la mi-août autour de 124 500 dollars.
Ce nouveau record de la première des cryptomonnaies s’inscrit dans un contexte économique mondial tendu, marqué par la paralysie budgétaire des États-Unis, un affaiblissement du dollar et une incertitude croissante sur la stabilité des marchés traditionnels.
Mais ce n’est pas un hasard si le Bitcoin, souvent qualifié d’or numérique, s’envole alors que Washington connaît un « shutdown ». Depuis plusieurs jours, les négociations au Congrès pour financer le gouvernement fédéral sont au point mort. Dans ce climat d’instabilité, de nombreux investisseurs préfèrent se tourner vers des actifs alternatifs, considérés comme des valeurs refuges. Les actions américaines ont enregistré des gains notables, mais c’est bien le Bitcoin qui concentre l’attention…
Un refuge face à la dépréciation du dollar
Pour beaucoup, le Bitcoin incarne une protection contre la dépréciation du dollar, un instrument capable de résister aux turbulences politiques et financières.
Selon Joshua Lim, co-responsable des marchés chez FalconX, cette envolée s’inscrit dans un « narratif de dépréciation du dollar ». Il rappelle que d’autres actifs, comme l’or, certaines actions ou même les objets de collection, atteignent eux aussi des sommets historiques. Dans un monde où la monnaie américaine perd de son éclat, le Bitcoin, par sa rareté programmée et son indépendance vis-à-vis des politiques monétaires, devient un refuge naturel pour ceux qui cherchent à protéger leur patrimoine.
Mais cette progression spectaculaire ne se résume pas à une simple réaction aux évènements actuels. Depuis plusieurs mois, la demande institutionnelle s’est fortement accrue. L’arrivée des ETF Bitcoin spot sur les marchés américains a également ouvert les portes de la cryptomonnaie à de nouveaux investisseurs, notamment des fonds d’investissement et des acteurs institutionnels qui, jusque-là, restaient à distance de cet actif volatil.
Ces produits financiers, qui permettent de s’exposer au Bitcoin sans en détenir directement les jetons, ont enregistré des flux massifs : plus de 3,2 milliards de dollars de collecte nette la semaine passée. Cet afflux de capitaux institutionnels confère au marché une stabilité nouvelle et une liquidité renforcée, contribuant à légitimer davantage encore l’actif numérique.
L’environnement macroéconomique mondial alimente la demande
L’environnement macroéconomique mondial joue également un rôle décisif. Alors que la Réserve fédérale hésite sur la direction à donner à sa politique monétaire, la perspective d’un ralentissement économique et d’une dette fédérale record incite les investisseurs à se diversifier.
Dans cette optique, le Bitcoin agit comme un actif de couverture face à l’érosion du pouvoir d’achat. Sa nature décentralisée, son offre limitée à 21 millions d’unités et sa liquidité mondiale en font un outil de préservation du capital dans un monde où les monnaies traditionnelles apparaissent de plus en plus fragiles.
L’engouement politique et culturel n’est pas non plus étranger à cette ascension. Le président américain Donald Trump n’a cessé de promouvoir les cryptomonnaies. En s’impliquant personnellement dans des projets liés à ce secteur et en encourageant leur adoption, il a contribué à installer un climat favorable autour du Bitcoin, renforçant la confiance d’une partie du grand public et des investisseurs privés.
Un marché haussier mais toujours risqué
Toutefois, cet optimisme ne doit pas masquer les risques. Le marché des cryptomonnaies reste assez volatil : à peine le nouveau record atteint, le Bitcoin a reflué d’environ 1 %. De plus, la montée en puissance des régulateurs et les incertitudes géopolitiques pourraient peser sur la dynamique actuelle. Une remontée des taux américains, une stabilisation du dollar ou une intervention trop brutale des autorités financières suffiraient à ralentir la progression. Certains analystes rappellent d’ailleurs que chaque phase euphorique du Bitcoin a été suivie d’une correction plus ou moins violente, parfois supérieure à 30 %.
Malgré ces réserves, le sentiment dominant reste haussier. Les données historiques plaident en faveur d’un mois d’octobre positif : depuis six ans, Bitcoin a toujours clôturé ce mois dans le vert, avec une performance moyenne d’environ 27 %. Les investisseurs parient désormais sur un franchissement prochain des 130 000 dollars, voire des 140 000 à 150 000 dollars d’ici la fin de l’année. Certains scénarios, plus prudents, anticipent une consolidation autour de 120 000 dollars avant une nouvelle impulsion haussière.
Au-delà du simple chiffre, ce nouveau record symbolise une mutation profonde des rapports de force financiers. Le Bitcoin, jadis perçu comme un actif marginal réservé aux initiés, s’impose désormais comme un pilier du système d’investissement global. Dans un monde où les États-Unis s’enfoncent dans l’incertitude budgétaire et où la confiance dans les monnaies fiduciaires s’effrite, il représente pour beaucoup la promesse d’un ordre monétaire alternatif.
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